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AVANTAGES... ET INCONVENIENTS

VOITURES DE COLLECTION
L'ARGENT, ÇA BLOQUE LES MENINGES !
Texte: Philippe Jessier
Au même titre
que la peinture, la sculpture ou le mobilier, l’automobile est
devenue une forme d’art à part entière. Avec ses vendeurs, candides
ou informés, ses acheteurs, puissants ou laborieux et toute une
gamme d’intermédiaires plus ou moins compétents, faisant de la «
voiture » comme on fait n’importe quoi. Et disant, la plupart du
temps n’importe quoi...
Considérables, sidérants, de moins en moins raisonnables, les prix
ne sont pas toujours les bons. Les voitures vendues ne le sont pas
toujours les bonnes, non plus. Tout cela est finalement très
compliqué...
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Ce qu’il est convenu
d’appeler «la folie des ventes aux enchères » débute
approximativement en 1984. Jusque-là, des prix élevés étaient
pratiqués pour certaines voitures d’exception mais le milieu était
fermé, hermétique, réservé aux rares collectionneurs. Des gens
riches mais avant tout des passionnés, achetant pour conserver, non
pour spéculer. Spécifiquement, le marché existait mais il n’était
encombré que de gens compétents. Propriétaires, acheteurs et experts
faisaient bon ménage. Les commissaires-priseurs n’étaient pas encore
de la fête. Certes, il y avait bien, ici ou là dans le monde,
quelques belles ventes mais leur caractère rarissime autorisait
qu’on parle d’elles comme de « véritables évènements ».
Aujourd’hui, les choses ont bien changé. De mentalité et de place.
Chaque mois voit sortir de terre, une, deux ou trois ventes
publiques. Certaines intéressantes, d’autres franchement nulles à la
limite de l’escroquerie. Partant du simple principe que tout peut se
vendre, tout est vendu, et la résultante est parfois étonnante. N’a-t-on pas vu, récemment, figurer au catalogue de la vacation du
Palais des Congrès, le 8 décembre dernier, une Talbot Samba Rallye
Gr.B cohabiter avec des Ferrari, Maserati et Lamborghini... C’est
l’entrée, presque simultanée de Christie’s et Sotheby’s sur le
marché de la voiture ancienne, qui va marquer le départ de la
course. Une course d’où les acheteurs français sont presque
systématiquement absents, supplantés par les américains, les anglais
et les japonais. L’argent rend fou, c’est bien connu. Dés 1986, il
apparut évident qu’il était possible de gagner de l’argent, beaucoup
d’argent en touchant au commerce de la voiture ancienne. Déjà,
parallèlement aux institutions officielles, études ayant toutes «
réputation solide et références conséquentes », on vit, d’abord
timidement, se créer de véritables sociétés achetant et revendant
pour leur propre compte. C’est aujourd’hui le cas d’Orion à Monaco
et de Coys en Grande Bretagne. Le principe est étrange mais
totalement légal. Et dans ces deux cas précis, il s’accompagne de la
garantie d’experts internationaux (... il sont rares), dont la
fiabilité « technique et historique » n’a, pour l’instant, jamais
été prise en défaut.
Dans le monde de la finance ou de l’immobilier, le principe
inflationniste est cerné et digéré depuis longtemps. En matière
d’automobiles anciennes, on se pose encore pas mal de questions.
Certains modèles grimpent, d’autres s’envolent. D’autres encore se
satellisent sans que l’on sache exactement pourquoi. Les exemples ne
manquent pas. Tous sont plus significatifs les uns que les autres.
Quatre ans, ce n’est rien. Cela passe vite. Il y a quatre ans, au
mois de mai, lors d’une petite vente sans importance au parc de
Saint-Cloud, un cabriolet Ferrari 250 GT Pininfarina de 1960,
superbement restauré, fut adjugé 460.000 F.
Aujourd’hui, chez Christie’s, Sotheby’s ou Coys, cette voiture vaut
au bas mot entre 3,8 et 4,2 millions de francs! De quoi oublier les
convenances et les politesses. Au-delà d’une certaine somme, gagnée
dans un certain laps de temps, il y a blocage des méninges, ankylose
du raisonnement. Médicalement, c’est constaté et officiellement
contrôlé. Dans le cas précis de Ferrari, il est évident que la mort
du Commendatore est un début d’explication. La cote s’est
littéralement envolée trois mois avant sa disparition, lorsque le
vieil homme commençait à ne plus recevoir de visites, à annuler tous
ses entretiens. On le savait malade mais l’annonce d’un décès
prochain déclencha un vent spéculatif sont le caractère sordide
n’échappera à personne. Discrètement, en dehors des ventes
publiques, des Ferrari changèrent de mains.
Aujourd’hui, on commence à peine à comprendre. Certains ont fait de
fantastiques affaires. D’autres se disent « si j’avais su
».
Au hit-parade de l’embellie, les Ferrari sont hors-concours. Il y a
d’abord les merveilles, les quasi-uniques parce que construites à de
rares exemplaires sur une base de carrosserie inhabituelle. Les
coupés spéciaux Pininfarina, destinés aux dignitaires de ce monde, à
des acteurs ou à des industriels, ne supportent pas les mêmes cotes
que les simples Ferrari dites « de série ». Vignale, Abbott,
Touring, Ghia ou Zagato ne sont pas que des noms et des coups de
crayons. Ce sont des marques de fabrique, transformant le beau en
sublime, le rare en introuvable. Ces Ferrari apparaissent et
disparaissent comme par enchantement. Une main dans la salle, une
voix au téléphone, un doigt sur le clavier d’un télex. De fausses
enchères, destinées à chauffer les prix, en vraies acquisitions, il
est difficile de suivre leur trace, Et Ferrari n’est pas le seul
dans de cas. Qu’est devenue l’Alfa Romeo 8e-35 3,8 1 de 1935
(ex-Scuderia Ferrari), adjugée 14.500.000 F en mai 1988 chez
Christie’s à Monaco?
Ou est passée cette incroyable Ferrari 250 GT de 1961 à empattement
court, habillée par Pininfarina avec caisse alu, qui fut retirée de
la vente de Versailles, en octobre dernier, parce que son
propriétaire estimait que la dernière enchère à 14.800,000 F n’était
pas suffisante? Celle-là, on risque de la revoir bientôt mais il
semble que l’occasion d’un prix si élevé ne se reproduise pas de
sitôt pour ce modèle.

Elles sont nombreuses, comme elles, à être parties sans laisser
d’adresse. Serviront- elles de sombres desseins spéculatifs ou la
passion exclusive d’un collectionneur un peu fou ?
En tous cas, j’ai bien regardé dans ma cave, soigneusement inspecté
mon jardin. Aucune de ces voitures n’habite chez
moi...
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